- par Jérôme CASSÉ -
J’entends déjà les mauvaises langues dire : «Tiens, ils font des films au Mexique ?!». Eh bien la réponse est oui, deux fois oui même. Etonnamment, le Mexique ne se résume pas à la Tequila, le sombrero et le port de la moustache. Non ! Le Mexique produit et crée des films. Et pour le coup, il le fait bien ! Avouez tout de même qu’il est assez rare d’aller voir un film issu de la production latino-américaine, même pour les plus cinéphiles. Eh bien c’est l’occasion d’y remédier grâce à Sleep Dealer. - Viva Mexico ! - Alex Rivera, jeune réalisateur mexicain prometteur, livre avec Sleep Dealer son premier long-métrage. Intelligent, original et soigné dans son ensemble, le film est à l’image du renouveau du cinéma mexicain et particulièrement de la nouvelle génération de cinéastes qui émerge depuis quelques années. Car vous ne le savez peut-être pas, mais vous avez certainement visionné il y a peu un film portant la griffe d’un artiste hispanique : 21 Grammes (2003) et Babel (2006) d’Alejandro Gonzalez Inarritu, Le Labyrinthe De Pan (2006) de Guillermo Del Toro (3 Oscars), Les Fils de l’Homme (2006) d’Alfonso Cuaronous. Tous, sous couvert d’une production ou co-production américaine, ont été réalisés par d’étonnants pistoleros de la caméra. Et le talent ne se cantonne pas aux réalisateurs, puisqu’émergent également des acteurs (Gael Garcia Bernal dans La Science des Rêves de Michel Gondry) ou des scénaristes (Guillermo Arragia pour Trois Enterrements de Tommy Lee Jones). Alex Rivera emprunte petit à petit la voie arpentée par quelques-uns de ses pairs. Il se pourrait bien que celle-ci soit celle du succès. Regardonsdonc son Sleep Dealer de plus près. - une realite toute proche - Mettons les choses au point tout de suite : Sleep Dealer ne brille pas par l’efficacité de ses effets spéciaux, loin de là. "Kitchissimes" à souhait par moments, les images de synthèses et autres trucages en 3D seraient certainement risibles s’ils ne donnaient pas au film cet aspect artisanal qui met en valeur une certaine naïveté dans la conception. Naïveté qui éveille à son tour dans l’œil du spectateur une once de tendresse et de sympathie à l’égard de l’œuvre de Rivera. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ici la sympathie n’émule pas la pitié. Plutôt l’émotion en vérité. L’histoire la voilà : dans un Mexique si peu éloigné de la situation actuelle, un jeune homme, Memo, quitte son petit village natal après la mort de son père (dont il est indirectement responsable) pour trouver du travail dans la mégalopole la plus proche : Tijuana. Celle-ci est un Eldorado pour toute personne peu qualifiée cherchant bonne fortune. C’est dans la vision de Rivera du monde ouvrier mexicain de demain que réside l’une des clés de voûte du scénario : dans ce futur où internet et sa conception d’une connectivité sans limite connaissent une expansion démesurée, la main d’œuvre bon marché du Mexique n’a plus besoin d’émigrer chez son voisin américain pour trouver du travail et rêver d’une vie meilleure. Grâce à l’implant de nodules dans les bras et la nuque, tels Néo et ses compères dans Matrix, il est possible de se connecter et de ne faire plus qu’un avec un univers virtuel dont internet serait l’ancêtre. Ainsi plus besoin de se déplacer pour travailler aux Etats-Unis. En se connectant depuis Tijuana, des milliers d’habitants dirigent alors des robots se trouvant à San Diego, Los Angeles ou encore New York et effectuent les tâches les plus diverses tel que travailler sur les chantiers, conduire un taxi ou faire le ménage.
![]() - Memo, dans les usines virtuelles -
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