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horreur de livraison

 

 

-L'Echange
Universal Pictures - 2h21

Réalisation : Clint Eastwood - Avec : Angelina Jolie, John Malkovich, Jeffrey Donovan, Colm Feore...

Enfin L’Echange est dans les salles. On aura beaucoup parlé ces derniers mois du nouveau Clint Eastwood (et aussi des jumeaux d'Angelina Jolie et Brad Pitt), présenté en Sélection officielle lors du dernier Festival de Cannes. Le réalisateur aura manqué de peu la Palme D'Or. Il n’en reste que L’Echange, chronique d’un fait divers terrible des années 1920, est un film qui mérite vraiment le détour.

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en salle le 22/11/2008
>> accueil

- par Gert-Peter BRUCH -

 

- Seule contre un système implacable - 

Clint Eastwood dépeint avec force et méticulosité le mécanisme implacable qui se met en place pour réduire à tout prix au silence cette femme qui refuse de baisser les bras dans ce combat pour la survie qui semble perdu d’avance. Faut-il rappeler qu’au moment où se déroule ce drame presque ordinaire, la discrimination du sexe dit faible (pour ne parler que de celle-ci) est encore vive dans les esprits. Le droit de vote accordé aux femmes depuis si peu ne passe toujours pas pour les nombreux nostalgiques de la suprématie masculine.

Autant dire qu’une mère célibataire qui défie, dans ce contexte, les institutions en les remettant en cause de façon si directe, cela ne passe pas. Quand Christine Collins veut légitimement mettre fin à l’imposture afin que l’on continue à rechercher son véritable fils, on ressort bien vite les clichés de l’hystérique et de la folle, voir de la mère indigne qui s’égosille pour se dédouaner de ses responsabilités et abandonner son enfant ! Mais s'il faut parler de folie, c'est bien de celle d'une démocratie encore balbutiante dont il s'agit. Folie d'un système qui prétend qu'une mère peut se tromper sur l'identité de son propre enfant et continue à s'embourber avec entêtement dans les sables mouvants de l'absurde. Elle aura beau réunir des preuves irréfutables, la descente aux enfers de Christine Collins ne fait que commencer. Elle la mènera jusqu’à l’asile psychiatrique façon 1920, sorte de pénitencier laboratoire où elle sera internée de force.

- Soutiens - 

La dignité de cette mère, magnifiquement restituée par Angelina Jolie, aura tout de même convaincu une partie non négligeable de la population. Fort heureusement, Christine Collins a bientôt de nombreux soutiens, le plus important étant sans aucun doute celui du Révérend Gustav Briegleg, interprété par un John Malkovich en grande forme. Précurseur, l’homme de foi est aussi un personnage très médiatique qui fustige au cours de shows radios très écoutés, cette police corrompue qu’il exècre tant. Il est l’homme de la situation, trop populaire pour être éliminé, trop éloquent et trop intègre pour être discrédité.

- une histoire à tiroirs - 

Le spectateur est littéralement happé par cette affaire qui ne cesse, d’un rebondissement à l’autre, toujours plus spectaculaire, inattendu et terrible que le précédent, de gravir les échelons de la tragédie. C’est une histoire à tiroirs qui trimballe ses protagonistes sans les ménager, au gré de lames de fonds imprévisibles, que ni eux ni le spectateur ne voient venir. C’est d’autant plus glaçant que tout est vrai et on se demande comment et pourquoi ce terrible fait divers, dont la trame s’étale sur près de sept années, n’a pas été plus tôt porté à l’écran.

- les années folles plus vraies que nature -

Clint Eastwood l’a fait, lui, et de quelle manière. Et son traitement impeccable de l’intrigue est épaulé par une magnifique reconstitution du Los Angeles des années 1920 : tramways, bâtiments, costumes, voitures… tout est un régal pour les yeux. Et le souci d’authenticité se savoure jusque dans les moindres détails : standardistes à roulettes naviguant dans un central téléphonique antédiluvien, hôpital psy d’époque qui prend des allures de laboratoire des horreurs. bureaux du commissariat, d’où Eliot Ness semble pouvoir surgir à tout instant… sans oublier la régie radio vintage du révérend Malkovich, le Vancouver façon « roaring twenties » où encore la ville fantôme ambiance massacre à la tronçonneuse.

- poignante Angelina Jolie -

Mais un mot sur la performance d’Angelina Jolie tout de même. Très à l’aise et très crédible dans ses habits d'époque, la belle Jolie a des faux airs de Fay Wray (la belle du King Kong original) mais n’hésite pas à apparaître le visage marqué, rimmel coulant autour des yeux. Convaincante et forcément juste (on la sait plusieurs fois maman) lorsqu’elle se fissure psychologiquement, sous la pression épouvantable. Ses talents d’actrice éclatent lors du séjour de Christine en psychiatrie, mais aussi lors des éprouvants épisodes qui l’attendent encore au cours des années à suivre (elle décèdera en 1935, ce qui n’est pas montré dans le film). Quant à John Malkovich, il est excellent en révérend virulent, star des médias en croisade, qui ne fuit pas la confrontation directe avec Jeffrey Donovan, l’infâme capitaine de police J. J. Jones. On ne peut qu’adorer détester l'acteur dans ce rôle. Sans oublier les non moins excellents Michael Kelly, intègre inspecteur Lester Ybarra qui pesera lourd dans la balance et Jason Butler Harner alias Gordon Northcott, immonde et répugnante créature dont on ne dévoilera volontairement rien, afin de ne pas gâcher l'un des moments clés de l'intrigue.

 

Lorsqu’ après une telle maestria l’immense Clint Eastwood semble vouloir nous annoncer qu’il envisage de se retirer du cinéma dès son prochain film terminé, on ne peut que lui répondre que d’un commun accord, nous ne sommes pas d’accord12/11/2008

 

- clint dirige angelina -

 

Retrouvez des infos sur le film et sur la véritable histoire de Christine Collins en visitant : www.changelingmovie.net (en anglais)

 

 

 

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