- par Gert-Peter BRUCH -
Enfin L’Echange est dans les salles. On aura beaucoup parlé ces derniers mois du nouveau Clint Eastwood, présenté en Sélection officielle lors du dernier Festival de Cannes. On se souvient de l’enthousiasme des critiques lors de la première projection. L'Inspecteur Harry semblait toucher du doigt la Palme D’Or. Caramba, encore raté ! Le sang du grand Clint n’avait fait qu’un tour et le légende d’Hollywood, vexée, avait quitté les lieux avant même la remise des trophées (et d’un prix de consolation spécialement conçu pour lui), des fuites l’ayant informé de la débâcle. Il n’en reste que L’Echange, chronique d’un faits divers terrible des années 1920 revenue bredouille de la croisette, est un film qui mérite vraiment le détour. - d'après une histoire vrai… ment incroyable -Dans la lignée de l’excellent Bird, le film qu’il a consacré en 1988 à la légende jazz Charlie Parker, L’Echange est un film d’époque saisissant tiré d’une histoire vraie. Clint Eastwood nous délivre une œuvre criante de vérité, impressionnante de maîtrise et servie par un casting remarquable. Et ça fait du bien, car il y a longtemps déjà que le spectateur a constaté que l’argument commercial « d'après une histoire vraie », servi à toutes les sauces ces dernières années, n’est pas gage de qualité (il ne garantit d’ailleurs pas non plus l’intérêt de la dite histoire). Ce label a tellement été galvaudé ces derniers temps qu’on n’est plus surpris de le voir apparaître sur le moindre film de série Z. Toutefois, rassurez-vous : en ce qui concerne L’Echange, l’histoire que le maître Eastwood a choisi de mettre en lumière est vraiment digne d’intérêt. Et bien au-delà même : elle est tout simplement captivante tant elle semble incroyable. Pour nous la relater, Eastwood s’est de nouveau attaché à un destin hors norme, celui d’une femme qui a vécu le pire et défrayé la chronique de son époque. - Hollywood et la fin du muet -Los Angeles, 1928, un an avant le jeudi noir de Wall Street, point de départ de cette grande dépression économique dont on reparle à tout bout de champ ces derniers temps. Cette année, c’est celle du Chanteur De Jazz, premier film sonorisé de l’histoire du cinéma. Garbo, Chaplin, Keaton, Louise Brooks, Mae West et tant d’autres, aujourd’hui oubliés, sont les rois et reines des écrans. Hollywood est à deux pas du décor de notre histoire. Mais oublions le rêve et les paillettes, le drame qui va se jouer n’a rien de féerique. - Christine Collins - Christine Collins (Angelina Jolie), standardiste, mère célibataire, élève seule Walter, son enfant unique. Un soir, alors qu’elle rentre du travail, elle ne le trouve pas à la maison. Son calvaire commence. Elle le cherche en vain dans le quartier et se heurte, dès le début, alors qu’elle appelle à l’aide, à une machine administrative déshumanisée et peu concernée par sa tragédie. Dès lors commence son combat contre un système absurde et corrompu, une machine à broyer que rien ne semble pouvoir enrayer. - Le drame d’une mère - Christine, qui s’obstine en vain avec l’énergie du désespoir, n’a plus que ses yeux pour pleurer. Un beau jour pourtant, après de longs mois d’angoisse, la police lui annonce avoir retrouvé son fils. La nouvelle est annoncée dans les journaux et les retrouvailles sont organisées dès la descente du train par la Police, qui veut redorer son blason suite à de nombreuses affaires de corruption. Mais dès que l’enfant apparaît, le visage de Christine se décompose : ce n’est pas son fils ! L’histoire aurait pu, aurait du s’arrêter là. J. J. Jones, Le chef de la police de Los Angeles en a décidé autrement. Hors de question d’avouer qu’il s’est trompé et de se laisser ridiculiser devant les médias. Christine est vigoureusement priée de ne rien laisser paraître de cette stupéfiante méprise devant les photographes et d’accepter, l’espace de quelques jours, de participer à ce qu’il faut appeler une mascarade, pour sauver l’honneur de ce chef sans scrupule et sans compassion. Il a trouvé dans cet enfant qui appelle Christine « maman » et la serre dans ses bras sans rien laisser paraître de cet atroce manipulation, un terrifiant complice. Il ne sera pas difficile de convaincre cette femme qui accuse le coup de tant d’espoirs anéantis. L’engrenage d’un imbroglio dément vient de commencer. Il prendra au cours de ce récit haletant, des proportions que nul n’aurait pu imaginer, en tout cas certainement pas cette police vérolée, si soucieuse de son image et si sûre de son omnipotence.
![]() - Angelina Jolie face à une terrible méprise -
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