- par Gert-Peter BRUCH -
- mémoire collective -Bon, je vais cesser de vous tenir en haleine comme le héros de ce biopic « himself » s’évertuait à le faire dans l’un de ses premiers sketches phares : « c’est l’histoire d’un mec qu’est su’l pont de l’Alma… Vous la connaissez ?... ». Puisqu’il le faut, tentons de parler de ce film, mais tâchons de ne pas tomber dans la complaisance de rigueur. Oui, la performance de François-Xavier Demaison est remarquable, bluffante. Pourtant la dernière bande-annonce, celle diffusée chez Drucker lors d’une récente émission spéciale, m’avait laissé un peu perplexe. Heureusement (et bizarrement d’ailleurs) les morceaux choisis n’étaient pas les plus convaincants, en tout cas en ce qui concerne la performance de l’ex-fiscaliste devenu humoriste. Judicieux choix de prendre un humoriste pour en interpréter un autre, car le one-man-show, François Xavier Demaison connaît. N’empêche qu’on attendait au tournant celui qui avait le culot de prétendre incarner une icône (quoiqu’on en dise) encore aussi présente dans la mémoire collective. - Un Coluche stupéfiant -François-Xavier rend hommage à Coluche, sans grossir le trait (même s’il à pris 14 kilos) et en le restituant tel qu’il était : exubérant, fêtard, grande gueule, sympa, vulgaire, lourd, touchant, touché, coulé… Il est saisissant sur scène, lorsqu’il débite les répliques mythiques du comique tant aimé ou interprète ses chansons déjantées (Je Veux Rester Dans Le Noir). Il est stupéfiant (c’est le cas de le dire) en Coluche côté vie privée. Son glissement vers le terrain politique est également bien restitué à l’écran. Il faut le voir, désemparé, devant ces modestes qui lui font tristement part des espoirs qu’ils ont en lui… et qui seront bien évidemment déçus. Demaison / Coluche entre dans la course élyséenne car il s’est rendu compte qu’il faisait « plus d’entrées payantes dans ses spectacles que Lecanuet dans ses meetings gratuits »! Il est alors immensément populaire. Le film nous invite à assister à une chute lente et inexorable, prologue d’une véritable descente aux enfers, systématiquement évoquée dans les rappels biographiques de l’artiste. - une partition trop connue - Le film d’Antoine de Caunes, ne tient que par François-Xavier Demaison et c’est cela qui m’ennuie un peu. Je m’explique. L’acteur porte tellement le film, il est si convaincant, qu’on en oublie le reste du propos. On se croirait plus dans un portrait TV de deuxième partie de soirée, que dans un film de cinéma. Certes, De Caunes avoue que c’est délibéré mais alors où est l’intérêt ? Toutes les scènes publiques liées à la candidature de Coluche, nous les voyons et revoyons depuis des années dans des documentaires, certains d’excellente facture. Exemple : Un Jour Un Destin (France 2), qui raconte la même histoire, de la même manière (en s’étalant toutefois sur l’avant et l’après). Du coup le film a des allures de remake. C’est du déjà vu et on aurait aimé être plus surpris. - Faune et flore de la Rue Gazan -On ne peut toutefois pas dire que le long métrage est absolument inutile. Il est par exemple assez jubilant de « participer » aux fiestas délirantes du bouffon de la République, données dans son antre de la rue Gazan, près du Parc Montsouris. On en avait entendu parler mais De Caunes leurs donne corps. La faune et la flore, qui y évoluent, évoquent la décadence des orgies romaines. Chez Coluche, c’est journées portes ouvertes en permanence. Les squatteurs s’endorment sur les fauteuils et les canapés. Sa femme (interprétée par Lea Drucker) et ses gosses doivent les enjamber lorsqu’ils quittent la maison le matin. Dans son esprit de documentariste, De Caunes a œuvré pour être le plus fidèle possible à la réalité. Ainsi, la scène furtive où l’on voit un bocal remplit de billets de 500 francs, dans lequel chacun des visiteurs peut puiser, est-elle inspirée de la réalité. - l'homme à la moto -On n’ira pas voir ce film pour la trame, que l’on connaît sur le bout des doigts, mais plutôt pour ces petits moments d’entre-deux qui sonnent juste : Coluche racontant des histoires drôles à ses enfants avant d’éteindre la lumière, ou se rendant chez sa mère en moto pour déjeuner avec elle, seul à seule. Cette moto, qui devient d’ailleurs un subtil personnage secondaire, car on sait qu’elle le tuera… même si cela n’est pas montré (mais tout de même suggéré par un message téléphonique menaçant). C’est d’ailleurs par un plan façon Easy Rider version « frenchie » que le film débute. La bande des petits gros à moto, tout droit sortis d’une BD de Margerin, c’est tout un programme. Sans oublier les excellentes scènes reconstituant l’ambiance très particulière des réunions de rédaction du magazine Hara Kiri. Gil Galliot fait d’ailleurs un professeur Choron crédible et décapant.. - John Lennon -Coluche, L’Histoire D’Un Mec c’est aussi le film de la fin d’une époque. Celle des années Giscard, qui vont bientôt laisser place à la « Génération Mitterrand ». La mort de Lennon, point de repère chronologique dans le film, sonne le glas. C’est lourd de sens. On sent que rien ne sera plus pareil, ni pour nous, ni pour Coluche… qui reste sonné devant la télé en apprenant la nouvelle. Mais De Caunes évite le mélo-drame avec une jolie pointe d’humour. Le téléphone sonne, c’est un journaliste. Il demande à Coluche sa réaction sur la mort du Beatles de légende : « je suis contre ! ». Il raccroche. Rideau !
![]() - easy rider sur les boulevards -
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