- par Frédéric VIAUX -
- le concept - Le film Les Violette, comme la pièce de théâtre, repose sur un principe : trois actrices jouent tous les personnages, quels que soient leur sexe et leur âge. À savoir : la jeune Violette, sa mère, son oncle, ainsi qu’une serveuse de restaurant. Elles interprètent ces rôles alternativement ou incarnent toutes les trois le même personnage simultanément, présentant ainsi trois visages, trois voix d’une même identité. L’idée étant, semble-t-il, de cerner la diversité et les contradictions des sentiments d’une enfant, tout en matérialisant les différentes influences qui la déstabilisent. Ce principe permet aux actrices de montrer toute la palette de leur jeu. Il fait écho, dans un autre registre, à Smoking/No Smoking d’Alain Resnais – autre adaptation d’une pièce de théâtre – où Sabine Azéma et Pierre Arditi se « démultipliaient » avec bonheur. - Traumatismes -Dans ce récit « décalé », aux accents psychanalytiques et poétiques, l’humour n’est jamais loin du malaise. Les détails du quotidien cachent des abîmes d’angoisse, de frustration, de révolte. Sous une apparente légèreté de ton, le petit jeu de rôles mis en place est un théâtre de la cruauté, qui dissèque essentiellement la relation difficile entre mère et fille. Tout cela est lourd de névroses, entre amour, humiliation, culpabilité… Le père est absent, remplacé par un oncle qui éveille la conscience sociopolitique de la petite fille, ainsi que sa curiosité à l’égard des choses du sexe. S’ajoutent à cette confusion quelques interdits religieux et autres souvenirs d’école plus ou moins agréables. - l’intérêt cinématographique ? - Ce film a de quoi laisser perplexe. Comme toutes les œuvres cathartiques, il a quelque chose d’un peu gênant. Mi-enfantin, mi-adulte, faussement drôle ou drôlement grave… On ne sait pas toujours sur quel pied danser. Le concept, artificiel, établit par ailleurs une distance qui semble exclure l’émotion et l’empathie. On peut aussi se poser la question de l’intérêt de cette adaptation cinématographique par rapport à la pièce de théâtre. Certes, le cinéma offre plus de facilités techniques pour dédoubler ou « détripler » les personnages. Mais au-delà de ça ? Tourné avec trois francs six sous, en peu de temps, le film souffre manifestement d’un manque de moyens pour transcender la dimension théâtrale, gommer l’aspect un peu artisanal des maquillages, des décors, ouvrir les horizons, donner des couleurs. Il s’en dégage une austérité un peu grise, un peu triste… ![]() - Les 3 Violette : E. Destrumeau,
G. Le Devehat et E. Pourriat -
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