- par Frédéric VIAUX -
- Une histoire extraordinaire Il est chef de chantier d’une entreprise de BTP. Elle travaille dans un salon de coiffure. Ils sont tous les deux mariés… et insatisfaits. Alors qu’elle vivote dans un univers macho et violent, il s’ennuie dans un quotidien morne et petit-bourgeois. Ray et Carla se retrouvent sur des parkings isolés ou dans des chambres d’hôtels pour faire l’amour. Une histoire d’adultère comme les autres, dans une ville australienne bien tranquille. Mais lorsque la belle infidèle découvre dans sa maison un sac - caché par son mari - rempli de gros biftons, l’idée de se faire la malle avec le beau Ray ne fait qu’un tour dans sa tête. Rêvant d’une vie libre et moins ordinaire, les deux amants mettent au point un stratagème pour filer en douce. Mais, évidemment, rien ne va se passer comme prévu… - noir c'est noir -Un homme un peu faible, une femme fatale, un magot, des imprévus en série, une situation de plus en plus inextricable… Le scénariste (et acteur) Joel Edgerton a réuni tous les ingrédients du film noir, en s’inspirant de faits divers. Il a par ailleurs eu la bonne idée – et l’habileté – de croiser plusieurs intrigues : celle des amants qui cherchent à cacher leur relation, celle de Ray qui s’empêtre dans des affaires de pots-de-vin, ainsi qu’une histoire de chantage qui couronne et complique le tout. Les personnages principaux sont pris dans un engrenage infernal qui les conduit de fausses pistes en catastrophes involontaires. On trouve aussi quelques signes annonciateurs de l’issue finale (l’histoire parallèle et décalée des deux chiens) et une ironie tragique propre au genre. Ray est ainsi qualifié de héros après avoir sauvé le bébé de l’homme dont il a provoqué la mort… Nash Edgerton, frère de Joel et réalisateur du film, s’applique à faire monter crescendo la tension et à développer une atmosphère de plus en plus pesante, à mesure que l’étau se resserre sur les protagonistes. Une image un peu "salie" contribue aussi à accentuer la dimension de cauchemar éveillé du film. - déjà vu mais efficace - Si les voies du destin sont impénétrables pour les personnages, elles sont plus limpides pour le spectateur habitué au genre. La mécanique fatale s’enclenche de façon assez prévisible, les (mauvais) coups du sort s’enchaînent un peu trop systématiquement, mais le film tient la route. Il est facile et même plaisant de se laisser prendre par l’histoire. On peut cependant regretter une légère surdose de rebondissements dans la dernière demi-heure et des images finales assez banales. Côté acteurs, Claire Van der Boom, dont c’est le premier rôle au cinéma, n’est certes pas Lana Turner, mais elle s’en tire plutôt bien, avec fraîcheur et naturel, sans surjouer son rôle de femme fatale. David Roberts, aperçu dans les deux derniers Matrix ou encore dans Ghost Rider, présente hélas toujours la même expression de visage crispé, mais ne manque pas de présence. Quant à la réalisation, elle a le mérite d’être sobre, sans artifice. Nash Edgerton maîtrise son sujet à défaut de le transcender. On pourrait préférer à cette œuvre un autre film noir australien, Lantana (2001), moins basique, plus stylisé, plus troublant, mais cela n’enlève rien à la bonne facture de The Square. Un bon petit film de genre, avec quelques défauts et de belles qualités ![]() - david roberts (ray) en mauvaise posture -
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