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crèche carcérale

 

 

-Leonera
Ad Vitam - 1h53

De Pablo Trapedo. Avec Martina Gusman, Elli Medeiros, Rodrigo Santoro, Laura Garcia, Tomas Plotinsky......

Présenté en sélection officielle lors de l'édition 2008 du Festival de Cannes, Leonera aborde le sujet très délicat de l'incarcération des femmes enceintes. Le réalisateur argentin Pablo Trapero ouvre le débat et signe un film poignant, sans fausse pudeur ni voyeurisme gratuit. Une vraie réussite, tant dans la justesse de l'interprétation que dans la force avec laquelle nous est dévoilée cet aspect peu décrit de la vie carcérale..

en salle le 03/12/2008
>> accueil

- par Gert-Peter BRUCH -

- sanglant prologue - 

Argentine. Julia, une femme de 26 ans (elle en paraît souvent bien plus dans le film), se réveille dans son lit, les draps couverts de sang. L’appartement est sens dessus dessous, elle est couverte d’hématomes et de coupures. Que lui arrive-t-elle ? Dans la douche, qu’elle atteint machinalement en sanglotant, elle tente de reprendre ses esprits, mais ce spectacle qu’elle découvre en sortant est une scène de cauchemar : il y a deux cadavres gisant dans les décombres de cet appartement devenu champs de bataille. L’un d’eux est celui de son compagnon...

- donner la vie en prison - 

Tout semble accuser la jeune femme déphasée qui ne se souvient de rien. Lorsqu’on l’interroge pour tenter de reconstituer le fil du double meurtre, c’est le trou noir. Du coup elle est inculpée et incarcérée dans une prison spéciale, une unité réservée aux femmes enceintes, puisque l’administration découvre, en même temps qu’elle, qu’elle attend un enfant de celui qu’elle est supposée avoir tué.

L’endroit dans lequel elle atterrit alors à des faux airs de crèche décadente, mais la saleté y est indicible. La petite nouvelle doit y subir une promiscuité intolérable avec quelques latinas impudiques et forts entreprenantes, brûlantes de désir pour elle. Terrible tableau que ce lieu étrange, peuplé d’enfants dont l’horizon se limite à quatre murs de bétons et à un couloir qui, le jour, devient terrain de jeu et sèche linge improvisé. Après avoir vainement tenté d’interrompre, à coups de poings, la vie qui pousse en elle, Julia y donnera naissance à un petit Thomas, enfant providence qui devient l’unique sens de d’une vie partie en vrille.

- un enfant dans la balance -

Leonera, sélection du dernier Festival de Cannes, dépeint sans fausse pudeur (nudité des femmes, homosexualité), mais sans voyeurisme gratuit non plus, le quotidien terrifiant d’une femme qui découvre la maternité en milieu carcéral, depuis la naissance de son enfant, jusqu’à l’âge fatidique auquel celui-ci doit lui être enlevé. Une tragédie dans la tragédie car on se doute bien que pour ces mères qui ne vivent que pour leurs enfants, 24h sur 24, les en séparer, c’est les tuer, c’est leur trancher ce cordon ombilical qui les retient à la vie. Dans ce quotidien lugubre mais si vivant, car traversé de rires enfantins et de gazouillis, il a fallu tout réinventer et la vie ne tient que par l’enfant. Celui-ci, pourtant ne peut-être qu’une anomalie dans ce lieu où il n’a pas sa place. L’atmosphère est forcément pesante, malgré la solidarité qui se créé.

- dans le couloir de l’attente -

Le film de Pablo Trapero soulève un problème du milieu carcéral, récurent à l’échelle mondiale. Il faudra forcément séparer un jour l’enfant d’une mère condamnée à une lourde peine pour le placer à l’extérieur, même si le déchirement est à double sens. Comment faire face humainement à ce problème et à quel âge faut-il extraire ces enfants de l’univers clos et lugubre dans lequel ils sont venus au monde et ont fait leur premiers pas et où ils subissent, quoiqu’on en dise, une condamnation qui ne leur est pas destinée ? Chaque pays à sa propre réponse. En Argentine, cette limite est fixée à 4 ans… On accompagnera donc Thomas jusqu’à cet âge, de moments glauques en lueurs d’espoirs, dont, trop petit, il ne perçoit sans doute pas la teneur.

- julia, saisissante interprétation -

Ce n’est évidemment pas le cas de Julia, dont on suit aussi, ces quatre années durant, le chemin pénible. On la voit devenir mère, petit à petit, prendre sa place et s’affirmer, s’endurcir, s’adapter, tenir… elle était mal partie sans cet enfant. Inconnue du grand public, jusqu’ici, Martina Gusman qui interprète une Julia saisissante, est une jeune productrice qui collabore à tous les projets du réalisateur Pablo Trapero, avec lequel elle a créé une structure de production indépendante. Elle vit son rôle jusque dans chacune des fibres de son corps. D’ailleurs on a même du mal à croire que le ventre rond qu’elle arbore dans la première partie du film soit factice. A-t-elle poussé l’authenticité jusqu’à attendre d’être réellement enceinte pour tourner ce film éprouvant ? Mystère. Mais le fait que le doute puisse s’installer ne serait-ce qu’un instant vous donne un aperçu de la performance. L’actrice est juste, en toute circonstance, dans son rôle de mère en apprentissage, bien sûr, mais aussi dans sa relation amitié / amour avec Marta (Laura Garcia), qui la prise sous sa protection et lui sera d’un grand secours lorsque, sa peine purgée, elle l’aidera depuis l’extérieur à récupérer son fils.

- Les autres rôles marquants -

Autre personnage notable de ce huis clos, qui en compte finalement assez peu, la mère de Julia, Sofia, qui revient de France, où elle s’est installée, lorsqu’elle apprend l’incarcération de sa fille. Celle qui campe cette femme dépassée par les événements n’est autre qu’une personnalité de notre paysage musical hexagonal : la chanteuse Elli Medeiros (‘Toi, Toi, Mon Toit’), ex égérie de Jacno et poupée électrifiée du groupe punk Stinky Toys dès 1976, ex compagne du réalisateur Brian De Palma, styliste à ses heures et que sais-je encore… Proche d’Etienne Daho (qui a produit son dernier album éponyme en 2006), Elli Medeiros poursuit une jolie et convaincante envolée cinématographique. Il faut dire que cette princesse rock, native d’Uruguay, a suivi, grâce à une mère actrice, des cours d’art dramatique avant même d’entrer en classe de maternelle ! Premier rôle à 4 ans, à l’Opéra de Montevideo.

On notera aussi la présence de Rodrigo Santoro (Ramiro), l’un des acteurs brésiliens les plus connus de sa génération, qu’on vu récemment dans 300 et qui fera certainement beaucoup parler de lui dans les temps prochains puisqu’il interprète Raul Castro, frère de Fidel actuellement aux rênes de Cuba, dans le très attendu Che en deux volets de Steven Soderbergh.

- le débat continue -

Leonera est un film surprenant, qui ne pourra vous laisser indifférent. Le réalisateur argentin Pablo Trapero (37 ans), dont c’est le cinquième long métrage de fiction, avoue avoir conçu son film « non pas comme un récit cinématographique mais un lieu de débat et de réflexion ». Opération réussie02/12/2008

- femmes avec enfants en prison,
un quotidien à réinventer -

 

 

 

 

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