- par Céline Tridon -
- Au nom d'anna - Dans une petite ville de Pologne, Léon Okrasa est employé dans un hôpital. Il a, par le passé, été témoin d’un viol brutal. La victime, Anna, est une jeune infirmière qui travaille dans le même établissement. Léon se prend d’affection pour elle. Mais il s’agit d’une affection secrète, pire, une passion qui vire à l’obsession. Chaque nuit, Okrasa se poste devant la fenêtre d’Anna et l’observe. Puis, s'étant enhardi au fil du temps, il finit par se décider à pénétrer dans le studio de la jeune femme pendant son sommeil. Il ne se satisfait de cette première visite insoupçonnée et revient une seconde fois, puis une troisième... - il marche seul - Pervers Léon Okrasa ? Oui, d’une certaine manière, pour tous ces moments d’intimité qu’il vole à Anna. Dès les premières minutes, le spectateur s’interroge : mais qui est cet homme au visage fermé ? Il est seul, marche dans les rues froides au silence pesant. On le voit à la pêche : il y rencontre le corps d’une vache en décomposition. La mort est présente. Fondu, puis autre scène : Okrasa est devant un four à cheminée, il y jette une main d’homme. Serait-il un tueur en série ? Quel crime odieux a-t-il commis ? D’emblée, on tremble pour ce qui pourrait arriver à cette pauvre Anna… - a peine quatre minutes de dialogue ... - Pourtant, le pire est déjà derrière elle... Le film de Jerzy Skolimowski est construit sur des récits qui s’imbriquent les uns aux autres, sur une succession de flashbacks ou de moments particuliers d’une trame narrative volontairement désarticulée : Okrasa fait ses courses, Okrasa découvre le viol d’Anna, Okrasa soigne sa mère, Okrasa est interrogé par la police. On s’y perd un peu, baladé d’un espace temps à l’autre. Mais surtout, le malaise grandit, car il est impossible de cerner le personnage : s’agit-il d’un innocent ou d’un coupable ? Le film est bourré de non-dits, au propre comme au figuré : d’une durée d’1h27, il ne comporte que quelques minutes de dialogue… En fait, tout est suggéré par la musique, omniprésente. Mais elle est parfois tellement angoissante qu’elle en deviendrait presque trop conventionnelle, le genre d’indicatif trop fort et trop commun pour dire « attention danger ». Mais il y a aussi le silence, tout simplement : celui de la nuit, celui de l’homme qui se cache, celui du froid, du mal. Celui d’un homme torturé. - du voyeurisme aux sentiments- Excellemment campé par le comédien Artus Steranko, le personnage de Léon Okrasa est complexe. Car, malgré tout, il est difficile de ne pas s’attacher à lui ! A cause de sa solitude, de sa sollicitude (quand il s’occupe de sa mère malade par exemple)… à cause de son amour. Okrasa ne fait que regarder sa belle endormie. L’idée n’est absolument pas d’avoir un quelconque contact physique avec elle : il reprise ses boutons, nettoie son salon, lui achète une bague. Des gestes anodins, d’autres plus forts, mais qui tous témoignent d’un sentiment simple : il est avant tout un homme amoureux. Aussi bizarre soit le témoignage de cet amour, il est tellement sincère qu’il devient délicat de le blâmer. « Je voulais raconter l’histoire d’un sentiment » explique Jerzy Skolimowski. « Mais à certains moments, le spectateur ne pourra pas accepter ce héros. Je voulais une attitude ambivalente. Que le spectateur veuille le défendre quand il est condamné, mais d’un autre côté qu’il ne soit pas acceptable à 100 %. » Le réalisateur a réussi son défi : jusqu’au bout, on se demande quel regard adopter. On s’interroge, on s’inquiète : jusqu’où Okrasa ira-t-il ? ![]() - quand LE VOYEUR passe a l'acte -
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