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BORDEL MAGNIFIQUE

 

 

-Filth And Wisdom (Obscénité Et Vertu) Semtex Films - 1h20

Réalisation : MADONNA - Avec : Eugene Hütz, Holly Weston, Vicky McClure, Richard E. Grant....

C’est lors d’une projection presse organisée près des Champs Elysées, que j’ai découvert Filth And Wisdom, premier film, surprenant, d’une Madonna toujours aussi omniprésente, malgré son âge désormais respectable (50 bougies en août dernier).

sortie le 17/09/2008
>> accueil

- par Gert-Peter BRUCH -

 

C’est lors d’une projection presse organisée près des Champs Elysées, que j’ai découvert Filth And Wisdom, premier film, surprenant, d’une Madonna toujours aussi omniprésente, malgré son âge désormais respectable (50 bougies en août dernier).  Le film, lui, ne l’est pas et c’est bien le mois que l’on pouvait attendre de la superstar absolue de la musique, qui fait de la provocation sa marque de fabrique depuis près d’un quart de siècle. Mais lorsque celle-ci n’est pas gratuite et tel est le cas dans cet étrange objet du désir, elle a un goût délicieux. Ne vous en privez pas.

- Madonna, ou la réinvention permanente - 

Madonna aime l’art, vous l’aurez compris. Qu’on la porte au pinacle où qu’on la déteste, son exploration permanente de l’esthétisme, entre réinvention permanente, mélange des genres ultra osé, mauvais goût banché et classicisme désuet, est une évidence absolue. Ses clips, ses photos, ses pochettes de disques, ses apparitions de télévision préparées comme des campagnes militaires, ses shows millimétrés, qui lui demandent un travail forcené, tout tend vers une extraordinaire envie de sublimer le quotidien ou au contraire, de le mettre à mal, lorsqu’il est trop figé.

Avec la Madonna, on oscille sans cesse entre classe absolue et vulgarité des bas fonds. Son besoin de se réinventer sans cesse, de se glisser, à la scène comme à la ville et à la limite d’une pathologie proche de la schizophrénie, dans la peau de personnages hétéroclites, en fait un être étrange, déroutant, fascinant, agaçant, touchant. Elle nous titille, elle nous cherche pour mieux se trouver et nous la suivons tous, même sans nous en rendre compte, au gré de ses caprices. Elle existe parce qu’on parle d’elle. C’est une enfant devenue grande qui s’offre son plus beau noël depuis 25 ans, et ça pourrait durer encore longtemps. Tour à tour, danseuse, modèle, chanteuse, actrice, icône, yogi, gourou, auteur de contes pour enfants… la voici maintenant réalisatrice. Et pourquoi pas après tout ?

- Madonna / Guy Ritchie,
deux films pour le prix d’un - 

Son jeune mari (de dix ans son cadet), le brillant Guy Ritchie (lancé par la femme de Sting qui les a présenté), présente en même temps qu’elle son prochain film Rocknrolla (nous l’avons vu et vous en parlerons bientôt). Lorsque je dis en même temps qu’elle, il faut savoir que nous avons vu ces deux films les uns après les autres dans la même salle (et on dit qu’ils sont fâchés ?). Si j’en parle, c’est qu’il y a quelques similitudes entres ces deux œuvres et que l’une peut permettre d’éclairer l’autre. Tout d’abord tous deux se situent à Londres. Ensuite, on retrouve dans Filth And Wisdom, comme dans l’œuvre de Guy Ritchie en général, une forme d’humour très particulière, « so british » mais avec une touche personnelle qui la rend accessible au plus grand nombre. On est loin de l’humour lourdingue et pétomane made in USA. Puis il y a Londres, qui est l’un des personnages principaux des deux films. On sent l’amour que lui porte l’américaine native de Détroit. Madonna est devenue européenne d’adoption et nous a fait un film européen.

- Un choix esthétique inattendu -

Oubliez l’esthétisme raffiné de ses clips, ses hommages à Marilyn, Marlène (Dietrich) ou Rita (Hayworth), son interprétation chic et glorieuse d’Eva Peron (Evita, Golden Globe 1996 de la meilleure actrice). Filth And Wisdom, c’est le film un peu grunge d’une icône qui a connu Andy Warhol, aime l’art contemporain, et les films de Godard, Fellini, Pasolini, Visconti (elle n’est pas d’origine italienne pour rien), et veut tirer un trait sur son parcours d’actrice de seconde zone. Mon avis est qu’on y a gagné au change.

- Gogol Bordello -

La projection commence, Beigbeder est venu se glisser parmi nous (fan ou espion ?). Une voix lente et rassurante, un personnage brut de décoffrage qui transpire le vécu. A.K, un tzigane d’Ukraine moustachu, fort connu de la scène musicale New-yorkaise avec son groupe Gogol Bordello (véridique dans la réalité), nous fixe dans le blanc de l’œil et nous apostrophe tel un gourou. Par la voix de son personnage principal, Madonna nous glisse un premier message subliminal. Elle ira au paradis, elle en est persuadée : « mais si tu veux aller au paradis, il faut passer par l’enfer. » Tout se mérite, donc.

L’ukrainien déjanté est sado-masochiste et dirige, pour gagner sa croûte, des séances sur mesure et à domicile pour des « consultants » qui semblent apprécier ce moyen radical de replonger dans les douleurs et traumatismes de leur enfance. Le soir A.K fait de la musique avec les Gogol Bordello dans des rades pourris. Il partage la location de son repaire avec deux jeunes femmes, probablement russes. Le trio est lié par une même aspiration à l’accomplissement mais le quotidien est là pour les rattraper. Tous sont en phase de transition, une phase délicate qui les met au pied du mur. A.K rêve de devenir un artiste reconnu afin de pouvoir vivre de son art mais il essuie refus sur refus dans les maisons de disques. En attendant, quand il n’est pas en séance SM, il prend des bains ou allume ses cigarette avec un fer à repasser en écoutant des chants liturgiques.

 

- A.K, du groupe Gogol Bordello -

 

 

 

 

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