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WELCOME: Sarkozy, Besson et le délit de solidarité

 

 

-retour sur un film qui remet en cause l'inhumanité des lois de la République

Pour Kafka, un bon livre est celui qui, « comme une hache, vient briser la mer gelée en nous ». La recette d’un bon film n’est sans doute pas très différente. En effet avec son film Welcome sorti le 11 mars 2009. Philippe Lioret a réussi un tour de force, faire plus de 880 000 entrées et ouvrir le débat politique sur la loi du "délit de solidarité". Son film a suscité de vives réactions tant dans la sphère publique que sur la scène politique. En effet après s’être attiré les foudres du ministre de l’immigration, Eric Besson, le film a créée un événement politique. Suite à sa diffusion, le PS a déposé une proposition de loi visant à annuler le délit de solidarité, lourde pression qui pèse encore aujourd’hui sur les citoyens qui viennent en aide aux clandestins.

24/04/2009 >> accueil

- par Nina MÉJANI -

 

- un réalisateur résolument engagé -

S’il n’est pas dans la tradition française de mêler cinéma et politique, on peut dire que le réalisateur Philippe Lioret aura clairement rompu avec ses pairs. En effet, son film Welcome aborde le sujet sensible de la situation irrégulière des migrants. Exit tout pathos et démagogie, le réalisateur nous raconte l’histoire d’un jeune kurde irakien qui, débarqué à Calais après un long et périlleux voyage, ambitionne de rallier l’Angleterre à la nage, où l’attend celle qu’il aime. Très naïvement, il décide de prendre des cours de natation. Il y rencontre Simon, maitre-nageur en pleine tempête sentimentale. Celui-ci décide de l’aider. Ensemble, ils vont tout faire pour concrétiser cette délirante traversée.

Ce film pose clairement la problématique du sort qui est réservé en France au clandestin et du risque qu’encourent ceux qui leur viennent en aide. La volonté affichée du réalisateur est de susciter une prise de conscience de la part des responsables politiques et des pouvoirs publics, et que cette prise de conscience soit enfin l’occasion d’une réflexion face à un problème qu’on a pris soin jusqu’ici d’éluder.

La force du film de Lioret réside peut-être en sa capacité à traiter un sujet politique brûlant par la tangente, à travers un drame humain. Lioret a, semble-t-il, réussi un "film politique". Il a également réussi un vrai coup médiatique (volontaire ?). Lors d’une interview donnée à La Voix du Nord, le 2 mars dernier, le réalisateur aurait lancé : « J’ai le sentiment d’avoir raconté l’histoire d’un type qui a protégé un Juif dans sa cave en 1943 ». En comparant la situation des clandestins en France à celle des Juifs sous l’Occupation, il a provoqué la colère du Ministre de l’Immigration. En effet, suite à cette interview, Eric Besson déclarait sur RTL, que le cinéaste « a plus que franchi la ligne jaune […] lorsqu’il dit que "les clandestins de Calais sont l’équivalent des Juifs en 43 ». Pour lui, « cette petite musique-là est absolument insupportable. Suggérer que la police française, c’est la police de Vichy, que les Afghans sont traqués, qu’ils sont l’objet de rafles […] c’est insupportable».

- une situation qui s’aggrave
pour les clandestins -

Parler de la situation des clandestins en France n’est donc pas une mince affaire, c’est un sujet qui suscite de nombreuses passions, tant le sort qui leur est réservé peut paraître inhumain et problématique. Des institutions se sont pourtant révoltées et ont condamné une situation qui n’a cessé de s’aggraver pour les étrangers ces 5 dernières années. Ainsi, dans son rapport annuel de 2003, Catherine Teule, alors secrétaire générale de la Ligue des Droits de l’Homme, écrivait déjà : « en droit des étrangers, la France s'est doté d'un arsenal législatif le plus répressif depuis 1945. » Et son président (Michel Tubiana) de renchérir : « en un an et demi, nous avons assisté au plus grand recul des droits de l'homme en France depuis la guerre d'Algérie. »

Plus récemment, la CFDA (Coordination française pour le droit d’asile) a publié en 2008, un rapport qui épingle davantage les autorités françaises. Cette fédération, qui rassemble une vingtaine d'organisations françaises, est engagée dans la défense et la promotion du droit d'asile, en référence à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et à la Convention de Genève sur les réfugiés.

De mai à juillet 2008, elle a ainsi mené une enquête sur le littoral Nord de la France. Son rapport La loi des "jungles", attire l’attention sur l’imbroglio juridique et la pression policière dont sont victimes les exilés du littoral. En effet, les clandestins se trouvent pris au piège du règlement du Conseil européen du 18 février 2003 (nommé « Dublin II ») qui détermine l’État responsable de l’instruction de la demande d’asile, ainsi que du code de Schengen entré en vigueur le 13 octobre 2006 (arsenal législatif de la politique de contrôle aux frontières).

 

- vincent lindon aide un clandestin
à rejoindre l'angleterre dans welcome -

 

 

 

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