- par Nina MÉJANI -
- un réalisateur résolument engagé -S’il n’est pas dans la tradition française de mêler cinéma et politique, on peut dire que le réalisateur Philippe Lioret aura clairement rompu avec ses pairs. En effet, son film Welcome aborde le sujet sensible de la situation irrégulière des migrants. Exit tout pathos et démagogie, le réalisateur nous raconte l’histoire d’un jeune kurde irakien qui, débarqué à Calais après un long et périlleux voyage, ambitionne de rallier l’Angleterre à la nage, où l’attend celle qu’il aime. Très naïvement, il décide de prendre des cours de natation. Il y rencontre Simon, maitre-nageur en pleine tempête sentimentale. Celui-ci décide de l’aider. Ensemble, ils vont tout faire pour concrétiser cette délirante traversée. Ce film pose clairement la problématique du sort qui est réservé en France au clandestin et du risque qu’encourent ceux qui leur viennent en aide. La volonté affichée du réalisateur est de susciter une prise de conscience de la part des responsables politiques et des pouvoirs publics, et que cette prise de conscience soit enfin l’occasion d’une réflexion face à un problème qu’on a pris soin jusqu’ici d’éluder. La force du film de Lioret réside peut-être en sa capacité à traiter un sujet politique brûlant par la tangente, à travers un drame humain. Lioret a, semble-t-il, réussi un "film politique". Il a également réussi un vrai coup médiatique (volontaire ?). Lors d’une interview donnée à La Voix du Nord, le 2 mars dernier, le réalisateur aurait lancé : « J’ai le sentiment d’avoir raconté l’histoire d’un type qui a protégé un Juif dans sa cave en 1943 ». En comparant la situation des clandestins en France à celle des Juifs sous l’Occupation, il a provoqué la colère du Ministre de l’Immigration. En effet, suite à cette interview, Eric Besson déclarait sur RTL, que le cinéaste « a plus que franchi la ligne jaune […] lorsqu’il dit que "les clandestins de Calais sont l’équivalent des Juifs en 43 ». Pour lui, « cette petite musique-là est absolument insupportable. Suggérer que la police française, c’est la police de Vichy, que les Afghans sont traqués, qu’ils sont l’objet de rafles […] c’est insupportable». - une situation qui s’aggrave
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