- par David KISHEGYI -
- la fille de l'inca -Yma Sumac, un nom de légende pour une femme portée aux nues de son vivant par tout un peuple. A peine savait-elle marcher, qu'elle chantait déjà et voulait en faire son métier. Mais pour son père, Sixto Chavarri del Castillo, un architecte austère, qui, entre traditions catholiques et incas, l'avait prénommée Zoila Augusta Emperatriz : « chanter ce n'est pas un métier pour une fille ». Zoila s'effacera sagement et ira à l'école comme toutes les petites filles. Tout comme, au milieu des années 30, la famille obéira gentiment lorsque les autorités péruviennes lui demanderont de déménager dans la capitale Lima. Car la petite Zoila, à seulement 13 ans, a impressionné par son seul chant les 25 000 personnes qui assistaient au Festival du Soleil, organisé dans la région. Et pour le représentant du gouvernement présent ce jour-là, la gamine doit rejoindre l'institut catholique Santa-Teresa, réputé dans tout le pays pour sa chorale de jeunes gens. Zoila, entre cahiers et partitions, enchaîne alors ses premières tournées nationales. - et zoila devint yma -Un autre homme remarquera la future Yma Sumac et poussera en avant son destin. Moisés Vivanco est à la tête de la troupe péruvienne des arts, une formation d'une cinquantaine d'artistes, lorsqu'il tombe sous le charme de Zoila au soir d'une représentation de la chorale. Il va la trouver en coulisse et en tombe fou, d'une passion artistique et amoureuse. Il l'emmène en Argentine en avril 1942. Zoila y devient la « jolie fleur », Imma Summack en langue Quechua, lorsqu'elle enregistre son premier disque à la Radio Belgrano de Buenos Aires. Après un bref retour au Pérou, où Zoila devient madame Vivanco, le couple fait le tour de l'Amérique du Sud. Une tournée de huit ans du Chili au Brésil et de l'Argentine au Pérou. Huit années pendant lesquelles l'Amérique latine s'enthousiasme et l'Amérique du Nord s'impatiente. - yma sumac conquiert l'amérique du nord -A peine arrive-t-elle aux Etats-Unis, en 1950, que la Capital Records lui signe un contrat, en la rebaptisant Yma Sumac, jugé « plus glamour ». La firme produit alors ses plus gros succès : Voice Of The Xtabay, Legend Of The Sun Virgin ou encore Mambo! . Les plus grandes salles du pays se l'arrachent : Las Vegas, le Carnegie Hall et Broadway en 1951. Déjà érigée au rang de star, bien avant d'avoir son étoile sur le Walk of Fame, elle s'amuse à forger sa légende. Entre mythologie inspirée et douce mythomanie, elle réécrit sa propre histoire lorsque la presse l'interroge. Elle se dit la descendante de Acatuhualpa, le dernier roi inca. Parfois, elle avoue être née en Argentine et on la dit Franco-Canadienne. Par coquetterie, elle confiera plus tard être née en 1927, pour faire oublier ses rides. Peu importe, les Américains le lui pardonnent. Le Los Angeles Times la surnomme le « Rossignol péruvien » et Oncle Sam lui accordera même la nationalité américaine en juillet 1955. « Bankable » avant l'heure, Yma Sumac se voit tailler un rôle sur mesure par Hollywood en 1954 avec le film Secret Of The Incas où elle fait baisser les yeux de la star américaine de l'époque : Charlton Heston. - le dernier chant du rossignol -Avec la fin des années 1950, le Rossignol a du plomb dans l'aile. Entre elle et Moisés, rien ne va plus. Ils divorcent en 1957... pour se remarier la même année, puis divorcer à nouveau en 1965. L'envol des Hippies et du Rock'n'Roll sera une révolution pour la planète entière mais une première éclipse pour la diva du soleil. Elle reviendra sur le devant de la scène au début des années 1970 pour se mettre au rock avec les Baxters, ou plutôt soumettre le rock au chant andin. L'album Miracles est teinté des synthés seventies et guitares psychédéliques, à la mode péruvienne estampillée Yma. Rien n'y fera, le succès sera moins radieux et la diva se contentera de petites salles de Los Angeles et d'un exil d'une dizaine d'années au Pérou. Peu importe, elle est déjà une légende. Un melting-pot, un opéra milanais planté au coeur des pyramides de Pachacamac. Ses disques sont des émotions transmises d'une génération à l'autre. Du robuste Lavilliers, qui en revendique les influences, à la frêle Vanessa Paradis qui voyage avec elle dans le Taxi de Joe. Artiste jusqu'au bout de ses ongles soigneusement vernis, elle donnera tout pour chanter et monter sur scène. En 1997, pour une de ses dernières apparitions en public, la Diva fera le voyage depuis Los Angeles jusqu'au Québec en voiture. Malgré une allure diminuée et un léger malaise pendant la prestation, sa voix était toujours aussi haut perchée, éternelle et unique au monde
![]() - yma sumac, descendante des incas -
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