- rappel des faits -
C’est dans la nuit du 21 janvier 2006, à Sceaux, dans les Hauts de Seine, que Ilan Halimi, jeune homme de 24 ans de confession juive, est kidnappé. Il a alors rendez-vous avec une jeune femme servant d’appât, venue l’aguicher au magasin de téléphonie dans lequel il travaille. Ilan est ensuite retenu prisonnier durant trois semaines, menotté, entravé, bâillonné et torturé dans un appartement vide, puis dans une cave de la cité de la Pierre-Plate à Bagneux.
Pendant ce laps de temps, sa famille reçoit plus de 600 appels téléphoniques insoutenables et de nombreux mails des tortionnaires. Les demandes de rançon semblent aléatoires, allant jusqu’à 450 000€ pour finir à 50 000€. Il semblerait d’ailleurs que cet enlèvement succède à l’échec de neuf autres projetés par le gang à l’encontre d’hommes supposément aisés.
Finalement, Ilan est découvert le 13 février 2006, nu et en partie brûlé au second degré, au bord d'une voie ferrée dans l'Essonne. Encore en vie, il succombe néanmoins à ses blessures lors de son transport à l’hôpital.
- Du crime crapuleux à l’antisémitisme,
il n’y a qu’un mot -
Le procès du « gang des barbares », dénominatif choisi par les jeunes tortionnaires, doit répondre à un nombre important de questions. La plus évidente concerne le caractère supposé antisémite de cet effroyable crime. Le Parquet soutient que la victime aurait été choisie parce que les agresseurs considéraient qu’étant de confession juive, elle était forcement riche. Ce vieux cliché, qui a déjà causé tant de ravages, pose de graves interrogations. Si Ilan a été enlevé à cause de sa religion, est-ce suffisant pour qualifier le crime d’antisémite ? A-t-il été torturé et laissé pour mort parce qu’il était juif ? Ou, n’est-ce qu’un odieux crime crapuleux qui a mal tourné ? Ces questions sont cruciales.
En cas de condamnation, les peines seraient plus élevées si le tribunal reconnaissait la circonstance aggravante du caractère antisémite. Mais plus encore, c’est l’impact symbolique et social qui est en jeu. Si cette barbarie était de nature antisémite, alors elle ferait date comme étant la première commise par des jeunes de banlieues, eux-mêmes victimes du racisme.
- Le huis clos, un silence de plus
dans cette affaire -
Au-delà de l’atrocité du crime, la tenue des débats pose elle-même problème. Au moment des faits, deux des accusés étaient mineurs. Or, dans ce cas, ils peuvent demander à avoir un procès à huis clos, dont acte. En conséquence, la publicité des débats est restreinte, c’est-à-dire que ni le public, ni la presse, ne peuvent assister aux audiences.
La famille de la victime a demandé la levée de cette restriction, sans succès. Pour Me Francis Spizner, son avocat : « C’est la loi du silence qui a tué son fils, il serait intolérable qu’elle s’impose encore aux assises, en cas de huis clos ». L’enquête aurait ainsi révélé qu’une trentaine de personnes ont eu connaissance de la séquestration du jeune homme, sans pour autant agir. Jusqu’au bout, la mère d’Ilan aura demandé un procès public, « qui permettrait de mieux comprendre l’engrenage criminel, de faire réfléchir parents et adolescents ».
Dès la première audience, le huis-clos n’a pourtant pas empêché les troubles. Face aux provocations de Youssouf Fofana, des membres d’un groupe d’extrême droite ultrasioniste ont répondu par des insultes et provoqué une bousculade. Pour Me Szpiner, « La famille Halimi n’est pas responsable de ces incidents et de cette tension, c’est le crime qui les a créés »
06/05/2009