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CHEB MAMI condamné: quand le prince du raï déraille

 

 

-5 ans de prison ferme pour avoir tenté de contraindre sa maîtresse à avorter

L’ambassadeur d’un nouveau raï ouvert sur les sonorités occidentales vient de voir sa carrière musicale entachée par une condamnation pour violences sur son ex-maîtresse. Ce vendredi 3 juillet, le verdict du tribunal correctionnel a conclu trois ans de procédure à l’encontre de Mohamed Khelifati, alias Cheb Mami. Après deux ans de fuite en Algérie, le petit prince du raï est revenu en France pour répondre de ses actes et demander pardon à sa victime. Tout comme ses complices, le chanteur a écopé de prison ferme. Pour avoir tenté de contraindre son ex-compagne à avorter, l’artiste franco-algérien devra purger 5 ans d’emprisonnement. Retour sur la « faute » du roi du raï…

09/07/2009 >> accueil

- par Julie POLIZZI-

 

 

- retour sur le parcours glorieux
d’un ambassadeur du raï -

Mohamed Khelifati, alias Cheb Mami fait ses débuts en France dans les années 80 dans des cabarets, avant d’être remarqué aux côtés de Khaled, lors du Festival de raï de la MC93 à Bobigny. Puis, en 1994, l’album Saïda, du nom de sa ville natale, propulse cet enfant de l’Algérie sur la devant de la scène avec 100 000 exemplaires vendus en France et une récompense de double Disque d'Or en Algérie et Disque d'Or au Maroc.

Après un essai au cinéma dans le film 100% Arabica de Mahmoud Zemmouri en1997, le chanteur se révèle surtout comme un artiste engagé. Outre sa participation au concert de Solidays en 2002, Cheb Mami offre également la chanson 'Lazraq Saani' à une association humanitaire en faveur des droits de l’enfant.

Luttant pour que le raï soit reconnu mondialement, l’artiste mêle sa voix de miel et d'or aux différentes sonorités occidentale, attirant ainsi à lui un public de plus en plus varié. Avec le titre de Sting 'Desert Rose', sur lequel il chante en 1999, il connaît un succès international. En 2003, le désormais prince du raï est d’ailleurs récompensé de l’Ordre national du mérite par le Président français Jacques Chirac, qui salue « le talent d'un très grand artiste qui a fait découvrir le raï dans le monde entier ».

- un faux pas qui stoppe tout -

Tandis que Cheb Mami élargit son répertoire en réalisant une série de duos avec les plus grands (Ziggy Marley, Sting, Zucchero, Enrico Macias…) pour son album Du Nord Au Sud, qui sort en 2004, la star algérienne entame également une liaison sentimentale avec une journaliste photographe française, qu’on appellera ici Camille. Cette "relation périodique", selon le chanteur, se poursuit jusqu’à l’été 2005, période à laquelle la jeune femme découvre qu’elle est enceinte.

Enfant d’un pays et d’une religion qui blâme les rejetons illégitimes, Cheb Mami insiste pour que Camille avorte. « C'était la honte pour moi » se justifiera-t-il au cours du procès. Mais Camille, elle, désire garder ce bébé. En dernier recours, l’agent de la star, Michel Lecorre (alias Michel Lévy), organise un voyage "professionnel" en Algérie pour la future maman. Dès son arrivée dans la capitale algérienne, le 28 août 2005, la photographe est alors droguée puis remise entre les mains des hommes de confiance de Cheb Mami.

Lors du procès, trois ans plus tard, la jeune femme témoigne des souffrances durant sa séquestration : « J'ai été insultée [...] Ils m'ont lancé sur le matelas et m'ont arraché le pantalon. Ils me tenaient. Il y avait deux femmes : une à califourchon appuyant sur mon ventre, une qui me faisait saigner. On me faisait des piqûres régulièrement, on m'a grattée, mis la main dans le vagin. Ça a été ça toute la nuit ». Camille est finalement relâchée au matin, pensant avoir perdu son bébé. Elle porte plainte dès son retour en France.

- La fuite en avant -

Commence alors une longue et pénible procédure pour les deux ex-amants. La photographe apprend, contre toute attente, que le curetage cruel subi a échoué et qu’elle est toujours enceinte. Pour autant, son traumatisme n’en est pas moins présent… De son côté, le petit prince du raï, en pleine promotion de son nouvel album Layali (les nuits), est mis en examen et écroué en France, le 28 octobre 2006, pour "violence volontaire, séquestration et menaces".

Le chanteur est alors placé en détention provisoire à la prison de la Santé à Paris durant trois mois. Le 2 février 2007, il est placé sous contrôle judiciaire, après avoir versé 200 000 € de caution, avec l’obligation de rester sur le territoire français. Contredisant les paroles de son duo 'Fugitif' avec Tonton David, Cheb Mami s’enfuit pourtant en Algérie en mai 2007. Pour justifier cet acte inconsidéré, le chanteur invoquera par la suite la mauvaise santé de sa mère.

« J'ai pété un plomb et je suis parti avec un passeport français périmé, mais j'ai toujours voulu revenir pour le jugement. Dans ma tête, c'était une liberté provisoire », a-t-il plaidé lors de l’audience. Faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international, c’est de son plein gré que l’artiste décide d’ailleurs de revenir affronter la justice française, après avoir séjourné deux ans en Algérie. A son arrivée, ce 29 juin 2009, Cheb Mami est alors arrêté à l'aéroport d'Orly puis incarcéré dans l’attente du procès.

- « Je lui demande pardon… » -

Devant le tribunal correctionnel de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, l’artiste a regretté sa participation dans cette affreuse tentative d’avortement :« je lui demande pardon, je regrette ». Néanmoins, le plaidoyer en demi-teinte de Cheb Mami est venu atténué ses excuses, le prince du raï se disant en effet « piégé par tout le monde ».

Reportant tantôt la faute sur sa religion, tantôt sur Michel Lecorre, son manager, ou encore sur celui qui l’aurait envoyé "à l'hôtel Hilton" tandis que le curetage était pratiqué, le chanteur, apparemment dépassé par les événements, a tout de même reconnu en pleurs sa "faute grave" dans cette affaire.

C’est peut être pour cette raison que, ce vendredi 3 juillet, l’artiste franco-algérien n’a été condamné qu’à cinq ans de prison ferme, peine estimée "légère" étant donné la gravité des faits. Alors que la condamnation maximum était de dix ans, le Parquet avait ainsi requis sept ans d’incarcération. Par ailleurs, les différents exécutants ont également écopés de peines de prison ferme. Quant à Michel Le Corre, désigné par la star comme l’instigateur de ce traquenard, il a lui été condamné à quatre ans de prison, contre six requis.

Désormais, alors que le roi du raï est contraint de tirer sa révérence, le temps du moins de purger sa peine, son ex-compagne va pouvoir reconstruire sa vie avec sa petite fille rescapée, âgée aujourd’hui de trois ans09/07/2009

- le prince du raÏ devant la justice
pour une affaire privée sordide -

 

 

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