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IRAN : une nouvelle révolution en marche ?

 

 

-après une semaine de manifestations durement réprimées, les opposants demandent toujours l’annulation des résultats de l’élection présidentielle

La réélection de Mahmoud Ahmadinejad, avec près de 63 % des voix, soulève colère et interrogations en Iran. La légitimité du président sortant, accusé de fraude, est largement contestée. Depuis les résultats de l’élection, samedi 13 juin, et malgré la violente répression du régime, les manifestations continuent. Retour sur une élection controversée qui a mis le feu aux poudres.

20/06/2009 >> accueil

- par Marie BAUDLOT -

 

- Rappel des faits -

La campagne était animée, les débats passionnés. Face à un bilan social négatif, avec un taux de chômage dépassant les 10 %, une inflation proche de 25 % et de nombreuses promesses non tenues, la réélection du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, n’était pas évidente. Son principal rival, l’ex-Premier ministre, Mir Hossein Moussavi, représentait aux yeux de ses nombreux sympathisants, “la vague verte”, l’espoir du changement. Comme prévu, les iraniens ont été très nombreux à se rendre aux urnes : 85 % des électeurs ont déposé leur bulletin vendredi 12 juin. Résultats du scrutin : le ministère de l’intérieur déclare Ahmadinejad officiellement réélu avec 62,6 % des voix, contre 33,75 % pour Moussavi.

Rapidement, la situation dégénère. Les débordements démarrent l’après-midi même. Le leader de l'opposition s’insurge contre ce qu’il qualifie de « manipulation » du scrutin et affirme dans un communiqué : « Nos représentants ont été écartés lors du dépouillement et certains de nos QG attaqués. » Selon plusieurs témoins, la veille, un des quartiers généraux de Moussavi aurait effectivement été attaqué par des miliciens bassidjis, fervents soutiens d’Ahmadinejad. Plus tard dans la soirée du vendredi, quatre journaux et plusieurs sites Internet auraient également été fermés, dont Kalameh Sabz, quotidien appartenant à Moussavi, ainsi que son site web.

- Sur quoi reposent les accusations
de fraude ? -

Les accusations de fraude se sont rapidement multipliées dès l'annonce du résultat du scrutin. Plusieurs points peuvent, en effet, corroborer l'ypothèse d'une manipulation des résultats. Le décompte aurait par exemple été effectué trop rapidement d’après la quantité de bulletins à dépouiller : 20 millions en trois heures. Faisant écho aux accusations de Moussavi, le Washington Post affirme que, dans certains bureaux, les représentants de l’opposition n’ont en effet pas pu assister au décompte. Ensuite, l’écart entre les deux candidats en tête aurait été trop linéaire tout au long du dépouillement, les chiffres officiels faisant état d’une évolution des scores constamment affinée. Enfin, les sondages sont également montrés du doigt : « Comment un candidat qui tournait à 39 % d’intentions de vote quelques jours avant le scrutin a-t-il pu obtenir 62 % le jour de l’élection ? », s’interroge Michael Tomasky, rédacteur en chef du site Guardian America.

- Manifestations et arrestations -

Au lendemain de l’élection, Moussavi annonce avoir officiellement saisi le Conseil des Gardiens de la Constitution pour obtenir l’annulation des résultats. Les manifestations, qui ont démarré l’après-midi même de l’élection, continuent. Des affrontements éclatent avec les forces de l’ordre et sept personnes sont tuées lundi 15 juin, selon les médias d’Etat. Le ministère de la Culture interdit alors aux journalistes étrangers de couvrir les manifestations, déclarées “illégales”, et tout autre événement qui ne figure pas “au programme” du ministère. Fort heureusement, ce déficit de couverture médiatique des événements, préjudiciable à la population, est comblé par des iraniens s'improvisant reporter en herbe grâce à leur téléphone portable. Les réseaux sociaux Facebook et Twitter permettent à la population d'être informé en passant outre la censure.

Le Conseil des Gardiens, de son côté, exclut d’annuler l’élection. Seule concession accordée aux contestataires : le recomptage, au hasard, de 10 % des bulletins de vote. Un geste insuffisant pour l’opposition. La tension monte d’un cran et les deux camps continuent de manifester. En marge des mouvements populaires, intellectuels, politiciens, analystes et journalistes proches du courant réformateur sont arrêtés. Selon Human Rights Watch, ce sont des centaines de militants d’oppositions qui sont enfermés en une semaine. Reporters Sans Frontières dresse pour sa part une liste d’une vingtaine de journalistes emprisonnés en Iran depuis le 12 juin.

- Une victoire “définitive” ? -

Après une semaine de silence, le Guide suprême de la Révolution islamique prend la parole. L’ayatollah Ali Khamenei, la plus haute autorité de la République islamique d’Iran, prend finalement position vendredi 19 juin : la victoire d’Ahmadinejad est « définitive » et « absolue ». Dénonçant les « ingérences » étrangères, il met également en garde les manifestants qui continueraient de se rassembler : « Ils seront tenus responsables du chaos et des conséquences ».

Malgré l’interdiction décrétée par le régime, dès le lendemain, des milliers d’iranien défilent dans les rues de Téhéran pour réclamer une nouvelle élection présidentielle. Selon les témoignages recueillis, près de 3 000 personnes scandaient “Mort au dictateur” et “Mort à la dictature”, alors que des milliers de policiers et de bassidjis avaient envahi les rues de la capitale pour empêcher les rassemblements. Dimanche 21 juin, la télévision publique iranienne annonce 13 morts lors de ces affrontements entre la police et les manifestants, qualifiés de “groupes de terroristes”. Moussavi, lui, s’est déclaré « prêt au martyr », accusant à demi-mot l’ayatollah Khamenei de menacer le caractère républicain du pays et de vouloir imposer un nouveau système politique. Loin de céder à la répression du régime, l’opposition semble partie pour continuer, coûte que coûte, à faire entendre sa voix.22/06/2009

- La “vague verte” des partisans de Moussavi déferle dans les rue de Téhéran -

 

 

 

 

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