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itinéraire d’une crise extraordinaire

 

 

-le monde est entré dans un marasme économique de longue durée, retour sur les causes et les effets

D’aucun ne saurait ignorer que nous vivons en ces temps-ci une crise sans précédent. Et même la crise de 1929 et ses traders ruinés se jetant du haut des tours, aurait été finalement moins lourde de conséquences que la crise actuelle. Face à cette situation les experts sont unanimes et s’accordent devant le pronostic suivant : l’heure est grave. Pour mieux comprendre ce phénomène cyclonique qui semble tout emporter sur son passage, il faut remonter aux années 2000 qui ont été marquées par le règne sans partage de la finance.

10/01/2009 >> accueil

- par Nina MÉJANI -

 

- est-ce la faute à l’oncle Sam ? -

« Aujourd’hui lorsque les Etats-Unis éternuent, une grande partie du monde attrape la grippe, et les problèmes actuels de l’Amérique sont bien plus graves que de simples reniflements » Stiglitz. C’est ce qu’écrivait déjà, en 2003, le prix Nobel d’économie dans son ouvrage Quand Le Capitalisme Perd La Tête. Cette phrase permet aujourd’hui de mieux comprendre le rôle, voire la responsabilité du système américain dans la crise actuelle.

En 2001, en effet, a lieu dans le monde et particulièrement aux Etats-Unis, l’éclatement de la bulle internet. Les capitaux fuient le secteur des nouvelles technologies et cherchent des débouchés vers l’immobilier qui offrait alors une rentabilité juteuse. Devant la hausse frénétique des prix de l’immobilier, les banques américaines accordent à tout va des crédits notamment aux salariés pauvres américains, qui accèdent ainsi à la propriété. C’est la folie des prêts «subprimes». La disposition même de ces crédits serait, pour de nombreux spécialistes, l’élément déclencheur de la crise financière.

- de quoi est constitué un «prêt subprime»? -

Il s’agit en effet de crédits à haut risque, caractérisés par des taux d'intérêt variables, indexés sur le taux directeur de la banque centrale américaine. Ce taux directeur représente, en quelque sorte, le coût de l'argent. Il régule l'investissement. En cas de trop forte inflation, les taux seront augmentés, afin de réduire la pression inflationniste. A l’inverse, si les taux sont bas, cela conduira mécaniquement les investisseurs à emprunter en masse, le coût de l'argent étant faible.

Ce taux directeur est un élément extrêmement important et lourd de conséquence. C'est un régulateur de l'économie. En temps de crise, les taux sont baissés afin de relancer l'activité économique. C’est exactement le principe qu’applique en ce moment même la FED (la Réserve Fédérale Américaine). En effet, mardi 16 décembre 2008, elle a abaissé son taux directeur au niveau le plus bas de son histoire. Précédemment à 1 %, il fluctue dorénavant de 0 à 0,25 %. Cette baisse spectaculaire du taux vise à combattre le spectre de la déflation et de la récession économique.

Or, avant que la crise n’éclate, la FED, entre 2004 et 2007, avait rehaussé ce taux. De 1% en 2004, il avait grimpé à plus de 5% en 2007. Le coût de l’argent avait donc augmenté significativement, ce qui n’arrangeait en rien les affaires des emprunteurs, notamment des plus modestes. Dès lors de nombreux américains, ceux-là même qui avaient bénéficié des «subprimes» n’ont pu faire face à des échéances en forte hausse. Leurs logements hypothéqués ont été saisis par les banques afin d’être mise en vente. Les lois de la finance venaient de faire leurs premières victimes : plus de 3 millions d’américains privés de toit.

- l'effondrement de l'immobilier -

Outre les conséquences sociales dramatiques, de nombreuses banques dont l’activité principale était le prêt immobilier ont aussitôt plongé. En effet, l’afflux massif de logements bradés contribua à grossir la bulle immobilière et à faire chuter considérablement le cours de l’immobilier. Les banques n’ont ainsi pu récupérer leurs investissements et certaines d’entre elles ont été ruinées. Ce fut le cas d'American Home Mortgage, numéro 10 du prêt immobilier aux Etats-Unis, qui a subi de plein fouet la banqueroute et fermé ses portes après une chute vertigineuse de 90 % de son cours en une seule journée. Ou encore celui de la banque Bear Stearns qui, frôlant la faillite, a été sauvée in extremis en mars 2008 par la FED.

- de la crise financière à la crise boursière -

Cette crise des subprimes aurait pu rester un problème très localisé si les organismes de crédits n’avaient pas converti en titres ces créances. En effet les «subprimes» ont été transformés en titres financiers tels que les CDO (Collteralized Debt Obligation) et les ABS, autant d’obligations considérés par les agences de notations comme sécurisées, peu risquées et donc saines.

Concrètement, lorsqu’un particulier empruntait 100 dollars pour sa maison, il devait rembourser à sa banque 120 dollars. Les banques ont émis des titres de créances afin d’optimiser leur gain. Il s’agit en fait de papier donnant droit à ces 120 dollars, cela leur permettait de toucher plus rapidement le remboursement du prêt et de ses intérêts. Ces titres se sont alors vendus sur tous les marchés financiers internationaux. Or, dés lors que le particulier n’a pu effectuer le remboursement du prêt pour sa maison, le titre n’a plus eu aucune valeur.

Toutes les banques se sont aperçues qu’elles étaient contaminées par ces titres «subprimes» sans savoir véritablement à quelle hauteur. Elles se sont donc mises à vendre frénétiquement des titres susceptibles d’être « malsains ». C’est ce mécanisme complexe qui a causé la panique sur les places boursières mondiales, provoquant une chute vertigineuse des cours boursiers. En effet, à force de vendre, de revendre et d’émettre des titres de dettes sur d’autres titres de dettes, le système est devenu opaque. Les agences de notations, elles-mêmes, étaient incapables de déterminer quels placements n’étaient pas risqués. Naquit dès lors sur toutes les places boursières une suspicion entre les banques. Une confiance d’autant plus érodée par la faillite de certaines d’entre elles, notamment la puissante Lehman & Brothers qui chavira en septembre 2008. Cette faillite sonna la fin de l’époque du «tout finance». De Londres à Tokyo en passant par Paris, ce fut la panique.

Et voilà pourquoi d’une crise financière, le monde est passé à une crise boursière, sorte de cyclone détruisant tout sur son passage, à commencer par la croissance économique. En effet, il aurait été naïf de penser qu’une telle crise n’aurait eu aucun effet sur l’économie réelle.

- quand la crise financière
atteint l'économie réelle -

L’actif des bilans des banques s’en trouve fortement endetté, conséquence directe de la crise de financière. Et pour préserver leurs fonds propres (ces fonds représentent l'ensemble des ressources de l'entreprise, c'est-à-dire la différence entre le total des actifs et celui des dettes), les banques sont amenées à effectuer des restrictions de crédit à la fois aux entreprises, ce qui n'est pas favorable à l'investissement et freine considérablement la production, mais aussi aux ménages, ce qui nuit à la consommation.

Depuis que la récession mondiale a pointé le bout de son nez elle apporte son lot de mauvaises nouvelles : baisse de l’activité, accroissement du chômage, hausse du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté. Et aucun expert ne prévoit une amélioration avant 2011. Une chose est sûre, la crise n’a pas fini de faire parler d’elle10/01/2008

- une économie américaine et mondiale
dans le négatif
-

 

 

 

 

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