- De Belmondo à Richet -
C’est le film français le plus attendu de ces deux dernières années. Vingt-quatre ans après le Mesrine façon série B d’Hervé Palud, le bandit français le plus célèbre du vingtième siècle (avec Bonnot, abattu par la police en 1912, pratiquement au même âge que lui) effectue un retour fracassant sur la scène publique. Belmondo, Godard, ont voulu le porter à l’écran en leur temps mais s’y sont cassés les dents. Langmann et Richet l’ont fait.
Il aura fallu 7 ans et beaucoup de rebondissements : Barbet Shroeder pressenti à la réalisation puis désisté, Cassel dans la course, puis forfait au profit de Magimel… avant de finalement revenir pour de bon. Mais la persévérance de Langmann, qui rêvait de ce personnage « bigger than life » depuis l’enfance, aura finalement eu raison des difficultés… en y mettant les moyens : 9 mois de tournage intensifs (France, Etats-Unis, Canada, Espagne, de mai 2007 à janvier 2008) et près de 40 millions d’euros de budget (pour les deux films). S’il vous plaît ! Et pour vous faire saliver davantage (si besoin était), sachez que lors du dernier festival de Cannes, la projection d’un « promo real » de 17 minutes a été si convaincante qu’elle a permis la vente du film, encore inachevé, dans 48 pays ! Seule La Môme (alias La Vie En Rose hors hexagone) en avait fait autant, avec le triomphe international que l’on sait….
- Mesrine, l’homme qui a fait
trembler la police -
Abattu en novembre 1979 par les flics, qu’il narguait depuis des années, Jacques-René Mesrine, gangster moderne, sorte de Tony Montana à la française, est pourtant plus vivant que jamais. Et ça dérange. La preuve, la voiture dans laquelle le fameux malfrat avait été criblé de balles (une BMW immatriculée 528 E12), et qui avait récemment été retrouvée dans une fourrière par les journalistes d’un documentaire, a été broyée une semaine avant le début du tournage du diptyque. Et le dispositif laisse songeur : arrivée bâchée sur une remorque de la police, elle a été détruite avec quatre autres voitures, pour que nul ne puisse récupérer les débris extrêmement collectors. Les journalistes ont bien évidemment été tenus à l’écart… Mais il en faudrait plus pour détruire la légende Mesrine et les amateurs de sensations fortes vont être gâtés : Mesrine L’Instinct De Mort c’est quand même autre chose que Space Mountain. Immersion immédiate.
- réincarnation ou possession ? -
La tension est palpable dès le premier plan du film. Ludivine Sagnier, en éclaireuse, défriche le passage. Un homme apparaît dans une lourde atmosphère de clandestinité. Jacques Mesrine est à l’écran, si authentique qu’on le reconnaît avant celui qui l’incarne. Vincent Cassel a cédé la place, son incarnation frise la possession. Ce n’est plus lui qui se déplace comme un fauve acculé, parano, ce n’est pas lui qui scanne la rue d’un œil infaillible. Il ne dit pas un mot, pourquoi le ferait-il ? Le loup ne hurle pas quand il quitte la tanière. Perruque, lunettes noires, l’homme est grimé mais sa présence est magnétique. La même scène progresse à l’écran sous plusieurs angles à la fois, comme si la scène était observée silencieusement par une multitude d’observateurs planqués. C’est certainement le cas. On le sait en fin de parcours, il fait ses derniers pas sur Terre. La musique accentue la dramaturgie de l’instant. Le décor et l’ambiance sont plantés. Le pari est gagné d’emblée, le spectateur n’a plus qu’à se laisser sombrer dans cette aventure de marginalité criminelle et de traque.
- premiers pas d’un malfrat -
Mesrine, L’Instinct De Mort, superbement filmé et monté (Brian De Palma a prêté l’un de ses experts), raconte le basculement d’un homme presque ordinaire, sa lente et inexorable montée en puissance dans le banditisme.
Le premier flash-back auquel nous avons droit ne nous emmène ni vers la prime enfance, ni vers les turbulences de l’adolescence. Algérie 1959. Le jeune engagé Mesrine, fils d’un couple de modestes négociants en tissu, y découvre la torture et participe à l’exécution de membres du FLN. La scène est brève mais marquante. Elle suggère que c’est là que tout commence, comme une seconde naissance qui occulterait les 22 années de vie précédentes.
Puis, c’est le retour à la vie civile d’un jeune homme endurci et déphasé. Une tentative de réinsertion ratée, des parents dépassés (excellents Myriam Boyer et Michel Duchossoy, qui remplace Jean-Pierre Cassel décédé) et très vite les premiers larcins. Les cambriolages, le jeu, les putes. La personnalité grandiloquente de Mesrine, sa verve, son culot, s’en donnent à cœur joie dans cet univers. Son assurance va grandissante. Vincent Cassel incarne le jeune Mesrine avec finesse et intelligence, échafaudant subtilement toute la complexité du personnage sans tomber dans la démonstration gratuite. Son personnage est un mille-feuille qui se déguste couche après couche, séquence après séquence.
Pour ses débuts dans la marge, Mesrine est pris en main, initié par Paul (Gilles Lellouche), un pote d’enfance qui a mal tourné en son absence et surtout par Guido, un maffioso à l’ancienne qui le prend sous sa coupe. C’est Gérard Depardieu, vieilli, qui incarne ce caïd imposant, cette sombre figure de la pègre qu’on se plaît à craindre et à détester.