Mesrine. Le personnage fascine autant qu’il interroge. Le plus populaire des criminels français est un mystère, une légende, un mythe. Ni mauvais ni bon, plutôt sympathique aux yeux de l’opinion publique, l’homme a su faire preuve tout au long de sa vie d’un déterminisme forcené et d’une audace phénoménale. Devenu l’ennemi public n°1, l’homme à abattre plutôt qu’à arrêter, le gouvernement français de l’époque avait fait du « cas Mesrine » une priorité. Aujourd’hui encore, certains parlent du gangster comme d’un Robin des Bois des temps modernes.
Voleur il l’était, justicier certainement pas. C’est ce qui fait le paradoxe Mesrine. Populaire parmi les classes moyennes, non pas parce qu’il redistribuait l’argent volé aux banques (loin de là) mais parce qu’il était la voix de la révolte, le symbole d’une certaine vision de la liberté, un grain de sable dans les rouages du système. Oppressé par celui-ci et par les cadres qu’il impose, Jacques Mesrine était un fauve qu’aucune cage n’aurait pu soumettre. Pas même les fameux QHS (Quartiers de Haute Sécurité). Lucide sur sa personne, il ne s’est pourtant jamais considéré comme un héros, mais plutôt comme un marginal.
Il est pourtant à ce jour le symbole de la rébellion, autant que celui du banditisme d’autrefois. Un paradoxe et une vie extraordinaire qui méritaient bien que le septième art l’invite à rejoindre son Histoire.
- Deux films sinon rien -
Difficile de raconter une vie comme celle de Jacques Mesrine en un seul film. Trop intense, trop palpitante, trop foudroyante pour être résumée en 1h45. Jean-François Richet et Thomas Langmann, respectivement réalisateur et producteur, l’ont bien compris et lui consacre aujourd’hui un diptyque. A travers ces deux volets, c’est un Mesrine aux deux visages qui est dépeint : Jacques, l’apprenti gangster puis le dur à cuir (L’Instinct de Mort) ; Mesrine, le criminel de haut vol, l’ennemi déclaré d’un gouvernement (L’Ennemi Public N°1).
Si la France des années 70 connait bien Jacques Mesrine, le plus illustre des gangsters, elle connait sans doute moins les évènements qui l’amèneront à devenir l’ennemi public n°1. De 1959 à 1979, vingt ans de la vie de Mesrine sont retracés par le diptyque de Richet. Vingt années qui semblent finalement être les seules vécues pleinement par cet homme hors du commun.
- de la guerre au banditisme -
Mesrine, L’instinct de Mort retrace les moments les plus obscurs d’un personnage légendaire, avant que celui-ci ne soit médiatisé. Tiré du livre du même titre, écrit par le bandit lui-même lors de son incarcération à la prison de la Santé dans les années 70, le film de Richet se veut avant tout un portrait, sans mise en exergue d’une quelconque justification de ce qui aurait pu pousser Mesrine à plonger dans le banditisme. Car lui-même le reconnaissait : fils d’une famille devenue membre de la petite bourgeoisie à force de travail, rien ne le prédestinait à s’engouffrer dans la criminalité. S’attachant à retranscrire une époque (celle de l’après Guerre d’Algérie) et l’environnement dans lequel évoluait Mesrine, le réalisateur a choisi la place qui lui convenait certainement le mieux, celle du simple spectateur. Raconter sans sublimer le personnage, ni condamner ou juger. Les faits juste les faits, si bien décrits par Mesrine dans son ouvrage : « On a armé ma main au son de la Marseillaise et cette main a pris le goût de l’arme ».
Car c’est son expérience guerrière en Algérie, à laquelle il fait allusion ici, qui l’a immanquablement transformé, comme tant d’autres à cette époque. Jacques Mesrine, l’homme violent et ultra-déterminé, est né de ces moments où le meurtre était courant, ordonné et justifié.